À voir : si vous avez le cœur passionné
Deuxième édition du 29 août au 1er septembre 2019
à Vendegies-sur-Écaillon
© Mathieu Persan
Les artistes ont la tête dans les étoiles mais n’hésitent jamais à décrocher la Lune. C’est ainsi que sont nées Les Estivales de la compagnie Art & Cendres, rêve de théâtre populaire et poétique mais bien ancré dans la réalité de la création émergente. Immersion avec Apartés pour sa deuxième édition.
La première chose que nous remarquons en arrivant à “l’Entreprise” de Vendegies-sur-Écaillon (tout près de Valenciennes) - ancien site industriel de vente de produits laitiers appartenant à la famille du fondateur des Estivales, Ronan Bacikova, et qui sert aujourd’hui de lieu de festival et de salle de spectacle - c’est le panneau, “Village des Enfants perdus”, placé à l’entrée du champ qui héberge les tentes de quelques-uns des comédiens. Un joli clin d’œil à l’importance de l’imaginaire car ici, vous entrez dans un pays où les histoires sont reines…
“Nous avons décidé
D’aller jouer chez ceux qui ne vont pas beaucoup au théâtre,
De quitter les salles parisiennes et d’aller faire notre métier auto-proclamé : raconter des histoires.”
Ronan Bacikova
© Fanny Cortade
… Et où le spectateur est roi. Car cette aventure théâtrale façonnée et menée par une quarantaine de jeunes artistes engagés est une aventure de partage avec et pour un public local, une émulation artistique qui veut s’inscrire dans les pas du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine ou de ceux du Théâtre National Populaire.
Avant la phase de création des spectacles sur place et l’ouverture du Festival au public, il y a d’abord l’étape de la résidence : quatre semaines pendant lesquelles ces copains des planches se retroussent les manches et investissent l’entreprise désaffectée pour en faire un « palais des merveilles éphémère » : une grande scène et ses gradins et toute une installation pour accueillir les curieux dans un lieu de détente en intérieur et extérieur avec des guinguettes qui offrent à manger et à boire.
L’atmosphère y est douce, les loupiottes attendant la nuit tombée pour scintiller, des panneaux en bois annonçant les spectacles via des photos de répétition joyeusement épinglées et les comédiens venant se mêler aux spectateurs comme pour leur faire une place dans cette grande famille d’un instant, d’une journée, celle de ce marathon théâtral débutant au petit matin et finissant à la nuit tombée.
Le programme ? Quatre jours de festival avec une même affiche chaque jour, six spectacles et deux pauses repas - avec intermèdes musicaux - , de dix heures du matin à onze heures du soir.
La direction d’Art & Cendres : Jean Husson, Rachel Collignon, Paul Luneau et Ronan Bacikova
© Fanny Cortade
Ce beau chantier, cette « épopée romantique » comme le décrit si bien le collectif, est à la base une impulsion passionnée et raisonnée, celle d’avoir un espace, un cadre, pour créer en toute liberté et en grand : « Nous rêvons à de grandes troupes. Nous rêvons à d’ambitieuses sagas théâtrales. » Une audace qui a séduit et qui porte, depuis 2018, année des premières Estivales, ces artistes, leurs histoires, leurs savoirs-faire, leurs idéaux…
K-Mille ©Fanny Cortade
Ce souffle et cette foi se perçoivent dans chaque visage et dans chaque création de ces jeunes comédiens, auteurs, metteurs en scène, musiciens, danseurs et techniciens. Voilà un esprit de théâtre que l’on aime absolument : une flamme habite ce lieu, la force vive d’un collectif d’artistes soudés, habités par les mêmes désirs, la même impatience. Elle est belle cette jeunesse créatrice qui dévore son monde avec une infinie délicatesse. Chacun des six spectacles présentés en atteste.
Les Bouges ©Fanny Cortade